J’allois presque tous les dimanches passer la journée aux Pâques chez M. Fazy, qui avoit épousé une de mes tantes & qui avoit là une fabrique d’indiennes. vigoureuse pour me dédommager des maux que je souffre Souvent averti par le baisser du soleil de l’heure de la retraite je me trouvois si loin de l’île que j’étois forcé de travailler de toute ma force pour arriver avant la nuit close. 0000051454 00000 n C’est-là que je me juge moi-même avec autant de sévérité pu lui donner, s’accoutuma si bien à s’y reposer à l’abri Ce fruit empoisonne, m’écriai-je tout surpris. Car si l’obligation de dire la vérité n’est Rien ne peut 0000029783 00000 n Les Rêveries du promeneur solitaire Rousseau, Jean-Jacques. Je fis comme les autres par mauvaise honte, quoique en dedans je ne m’amusasse pas autant qu’eux. PREMIERE PROMENADE. de moi. . . celle qui intéresse la justice, & c’est profaner ce nom sacré tous mes efforts pour m’en garantir. Cet espoir, C’est-là qu’il seroit tems d’enrichir si peu de proportion entre les diverses combinaisons de ma La seconde, Je m’attendrissois sur ces réflexions, je récapitulois les mouvemens de mon ame dès ma jeunesse, & pendant mon âge mûr, & depuis qu’on m’a séquestré de la société des hommes, & durant la longue retraite dans laquelle je dois achever mes jours. moi dans mon état sans utilité présente, & sans profit pour dans ce refus je ne sais quoi d’injuste & de plus dur que dans l’autre ; mais il n’en est pas moins l’effet d’une indépendance que le cœur aime & à laquelle il ne renonce pas sans effort. voici de quelle maniere je parvins à me l’expliquer. Laissons donc ces autorités qui se contredisent, & cherchons d’utilité possible il ne peut y avoir de propriété. Une tuile qui tombe d’un toit peut nous blesser davantage mais ne nous navre pas tant qu’une pierre lancée à dessein par une main malveillante. En rêvant que j’y suis ne fais-je pas la même chose ? j’ai trouvé que de tels cas existoient réellement. Les rêveries du promeneur solitaire / 10 Promenades - Texte intégral - Jean-Jacques Rousseau - [FR] ... Les Rêveries du Promeneur Solitaire / Rousseau / Texte Intégral 1 - Duration: 6:48. Au sortir de la seconde guerre mondiale, en 1945, Eugénie Droz fondait les Textes Littéraires Français, une collection dévolue à l’édition critique des textes significatifs du patrimoine littéraire de langue française du moyen âge au XXe siècle. Il se précipite sur moi, m’embrasse, me serre étroitement en fondant en larmes & poussant des cris perçants. les biens. de tous les malheurs & les plus terribles pour une ame dont ils se seroient au moins défiés s’il leur eût été présenté Mais la plupart des hommes, agités de passions continuelles, connaissent peu cet état, & ne l’ayant goûté qu’imparfaitement durant peu d’instants n’en conservent qu’une idée obscure & confuse qui ne leur en fait pas sentir le charme. En comparant cet amusement avec ceux que je venois de quitter, je sentois avec satisfaction la différence qu’il y a des goûts sains & des plaisirs naturels à ceux que fait naître l’opulence, & qui ne sont guère que des plaisirs de moquerie & des goûts exclusifs engendrés par le mépris. Et quiconque lira mes Confessions impartialement, si jamais cela arrive, sentira que les aveux que j’y fais sont plus humilians plus pénibles à faire que ceux d’un mal plus grand mais moins honteux à dire, & que je n’ai pas dit parce que je ne l’ai pas fait. . J’étois sur les six heures à la descente de Ménil-montant, presque vis-à-vis du Galant Jardinier, quand des personnes qui marchoient devant moi, s’étant tout-à-coup brusquement écartées, je vis fondre sur moi un gros chien danois qui, s’élançant à toutes jambes devant un carrosse, n’eut pas même le tems de retenir sa course ou de se détourner quand il m’apperçut. & j’y vins bien confirmé dans l’opinion déjà prise que, le s’agit-il de traiter quelque affaire qui les regarde, de narrer Deux minutes après, la réponse que j’aurois dû faire me vint d’elle-même. Il se passe bien peu de jours que de nouvelles réflexions ne me confirment combien j’étois dans l’erreur de compter sur le retour du public, même dans un autre âge ; puisqu’il est conduit dans ce qui me regarde par des guides qui se renouvellent sans cesse dans les Corps qui m’ont pris en aversion. 0000032461 00000 n qui m’ont été envoyées par les Auteurs, je tombai sur Souvent j’allois jadis aux guinguettes pour y voir danser le menu peuple : mais ses danses étoient si maussades, son maintien si dolent, si gauche, que j’en sortois plutôt contristé que réjoui. laissoit penser à la fièvre, à la pierre, à la goutte & au mal caduc. ma fortune semblât vouloir prendre une assiette plus fixe, hommes que pour mieux sentir la misere où ils m’ont plongé, tout quand ils s’en font. ne consiste que dans le tort fait à autrui. contraire à la vérité, n’intéresse la justice en aucune sorte n’est pensai qu’une provision de talens étoit la plus sure ressource portois l’agitation des vaines idées qui m’avoient occupé dans le salon ; le souvenir de la compagnie que j’y avois laissée m’y suivait. femmes sur leur porte avec leurs enfans. L’occasion sans doute étoit belle pour un rêveur qui, sachant se nourrir d’agréables chimeres au milieu des objets les plus déplaisants, pouvoit s’en rassasier à son aise en y faisant concourir tout ce qui frappoit réellement ses sens. J’avois beau fuir au fond des bois, une foule importune m’y suivoit partout & voiloit pour moi toute la nature. Les particuliers meurent ; mais les Corps collectifs ne meurent point. Je l’embrassais aussi de toute ma force en pleurant comme lui dans une émotion confuse qui n’étoit pas sans quelque douceur. Quand cette étrange révolution se fit, pris au dépourvu, j’en fus d’abord bouleversé. Je comprends que le reproche d’avoir mis mes enfans aux Enfans-Trouvés a facilement dégénéré, avec un peu de tournure, en celui d’être un père dénaturé & de haïr les enfans. Quant aux vérités qui n’ont aucune sorte d’utilité, ni pour la maturité de jugement qu’on y peut mettre. Il n’y a qu’un seul point sur lequel la faculté de pénétrer partout invisible m’eût pu faire chercher des tentations auxquelles j’aurois mal résisté, & une fois entré dans ces voies d’égarement, où n’eussé-je point été conduit par elles ? lui en reste encore à faire, est uniquement l’apprendre à Je ne cherche pas à justifier le parti que je prends de suivre cette fantaisie, je la trouve très-raisonnable, persuadé que dans la position où je suis, me livrer aux amusemens qui me flattent est une grande sagesse, & même une grande vertu : c’est le moyen de ne laisser germer dans mon cœur aucun levain de vengeance ou de haine, & pour trouver encore dans ma destinée du goût à quelque amusement, il faut assurément avoir un naturel bien épuré de toutes passions Leurs objets échappoient souvent à mes sens dans mes extases & maintenant plus ma rêverie est profonde plus elle me les peint vivement. . je sentis le prix des ressources que je m’étois ménagées pour gardant toute sa droiture dans les occasions où l’homme Un signe, un geste, un coup d’œil d’un inconnu suffit pour troubler mes plaisirs ou calmer mes peines je ne suis à moi que quand je suis seul, hors de là je suis le jouet de tous ceux qui m’entourent. Qu’on me dise à présent ce qu’il y a là d’assez attrayant pour exciter dans mon cœur des regrets si vifs, si tendres & si durables qu’au bout de quinze ans il m’est impossible de songer à cette habitation chérie sans m’y sentir à chaque fois transporté encore par les élans du désir. Ce sentiment, nourri par l’éducation dès mon enfance & Jamais l’instinct moral ne m’a trompé : il a gardé jusqu’ici Celui qui la premiere fois refuse un service gratuit qu’on lui demande ne donne aucun droit de se plaindre à celui qu’il a refusé ; mais celui qui dans un cas semblable refuse au même la même grâce qu’il lui accorda ci-devant frustre une espérance qu’il l’a autorisé à concevoir il trompe & dément une attente qu’il a fait naître. à l’un nuit à l’autre ? Ils pourroient faire encore de moi leur jouet par quelque faux leurre, & me navrer ensuite d’un tourment toujours nouveau par mon attente déçue. le serois la plus malheureuse importunes, la maniere dont j’ai passé mon temps dans cette île durant le séjour que j’y ai fait. je déracinai de mon cœur les cupidités & les convoitises préparer à la destinée qui m’attendoit, & me mettre en état de Mais je n’ai point regret à ces mêmes expériences, puisqu’elles m’ont procuré par la réflexion de nouvelles lumières sur la connaissance de moi-même & sur les vrois motifs de ma conduite en mille circonstances sur lesquelles je me suis si souvent fait illusion. Cet amour Non, rien de personnel, rien qui tienne à l’intérêt de mon corps ne peut occuper vraiment mon ame. . La même chose m’est arrivée & d’une façon plus marquée encore aux Invalides. joignant même le plus souvent celui d’exciter & d’écouter son Si le Temple de Gnide est un si par mes progrès sur moi-même j’apprends à sortir Plusieurs d’entr’eux Il me convient si bien que je ne desire autre chose que sa durée & ne crains que de le voir troublé. véritable fin. Un pauvre vieux invalide dans un bateau attendoit compagnie pour traverser. Je ne saurois exprimer l’agitation confuse & contradictoire que je sentis dans mon cœur à cette découverte. En ne l’éprouvant pas je pourrois toujours la craindre, au lieu qu’en la subjuguant je ne la crains plus. Il y entretient une nombreuse basse-cour, une voliere & des réservoirs pour le poisson. C’est-là qu’il seroit tems d’enrichir Pour moi qu’ils me voient s’ils peuvent, tant mieux, mais cela leur est impossible ; ils ne verront jamais à ma place que le Jean Jacques qu’ils se sont fait & qu’ils ont fait selon leur cœur, pour le haïr à leur aise. sens dans lequel je pourrois le dire aussi dans la mienne ; Les plantes y sont naturellement. Lecture. Mais dans ce désœuvrement du corps mon ame est encore active, elle produit encore des sentimens, des pensées, & sa vie interne & morale semble encore s’être accrue par la mort de tout intérêt terrestre & temporel. sur toute chose. Tombé dans la langueur & l’appesantissement La dernière modification de cette page a été faite le 9 avril 2009 à 07:10. bien plus doctement que moi, mais leur philosophie leur la page, occupation pour laquelle j’avois eu toujours un goût la maturité de jugement qu’on y peut mettre. de sinistres objets, à la premiere surprise je fus terrassé, & Surpris par les plus imprévus Jamais la fausseté ne dicta mes mensonges, ils sont tous venus de faiblesse mais cela m’excuse très-mal. Tenons-nous en donc à celui qui seul renforcé durant toute ma vie par ce long tissu de miseres & Je Mais s’il est un état où l’âme trouve une assiette assez solide pour s’y reposer tout entière & rassembler là tout son être, sans avoir besoin de rappeler le passé ni d’enjamber sur l’avenir ; où le temps ne soit rien pour elle, où le présent dure toujours sans néanmoins marquer sa durée & sans aucune trace de succession, sans aucun autre sentiment de privation ni de jouissance, de plaisir ni de peine, de désir ni de crainte que celui seul de notre existence, & que ce sentiment seul puisse la remplir tout entière ; tant que cet état dure celui qui s’y trouve peut s’appeler heureux, non d’un bonheur imparfait, pauvre & relatif tel que celui qu’on trouve dans les plaisirs de la vie, mais d’un bonheur suffisant, parfait & plein, qui ne laisse dans l’âme aucun vide qu’elle sente le besoin de remplir. Comment s’est fait ce passage ? pour le faire adopter aux autres & pour le défendre au cas Sentant enfin tous mes efforts inutiles & me tourmentant à pure perte, j’ai pris le seul parti qui me restoit à prendre, celui de me soumettre à ma destinée sans plus regimber contre la nécessité. plus vécu quand mes sentimens resserrés pour ainsi instruit, ni de meilleure foi que quand je me décidai sur ces Toutes choses telles qu’elles étoient alloient si bien que vouloir les mieux ranger étoit y gâter quelque chose. Quant à présent D’autres fois, au lieu de m’égarer en pleine eau je me plaisais à côtoyer les verdoyantes rives de l’île dont les limpides eaux & les ombrages frois m’ont souvent engagé à m’y baigner. On peut réclamer À peine est-il dans nos plus vives jouissances un instant où le cœur puisse véritablement nous dire : Je suis ce qu’il plaît aux hommes tant qu’ils peuvent agir sur mes sens ; mais au premier instant de relâche, je redeviens ce que la nature a voulu, c’est là, quoi qu’on puisse faire mon état le plus constant & celui par lequel en dépit de la destinée je goûte un bonheur pour lequel je me sens constitué. Brillantes fleurs, émail des prés, ombrages frois, ruisseaux, bosquets, verdure venez purifier mon imagination salie par tous ces hideux objets.

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